La semelle rouge, oui rroouuggeee et ses escarpins à clous que toute fille respectable aura à ses pieds. Un univers enfantin et morbide, féerique  qui confère à ce créateur une jolie réputation et qui nourrit l’hystérie de bien des femmes. Revenons à sa dernière campagne : De célèbres tableaux de la renaissance, du clair-obscur de Georges de La Tour, du Jean Baptiste-Camille Corot sont littéralement pompés, on y ajoute la chaussure sacrée dans la main ou à côté des mannequins…

Publicité Louboutin, Peter Lipmann

L’anachronisme est de mise, les natures mortes plus vraies que nature. Le résultat est esthétique c’est indéniable.

Publicité Louboutin de Peter Lipmann

Puis un visuel attire l’attention plus qu’un autre puisque le sein est apparent, le reptilien ah… Il y a dès lors différents niveaux de lecture devant une telle « beauté », nous tenterons d’aller au-delà de la simple appréciation esthétique.

Campagne de publicité Louboutin, portrait de négresse

Au premier regard

Partons de la dénotation et détachons-nous de l’œuvre originale. Que voit-on ? Une très belle femme noire assise dans un fauteuil bourgeois pour reprendre des termes vulgaires. Drapée, un fichu cache ses cheveux, le regard « caméra », son sein droit, parfait est de sortie. Elle présente dans sa main une chaussure Louboutin. What else?  La composition rappelle les peintures « à l’ancienne », ce qu’on voit au Louvre quoi (je prends des raccourcis c’est voulu).

Louboutin permet l’accès au luxe

Ça y est Louboutin permet à n’importe quelle femme de se procurer ses chaussures ! Par extension, les noirs ont désormais accès à des produits de luxe…
La chaussure apparaitrait dès lors comme le symbole de l’émancipation et du privilège. Vous remarquerez, nous entrons dans une première interprétation.
C’est tout ? Non.

Quand la connotation est dénotation

Penchons-nous sur les connotations et autres interprétations.
A première vue cette femme est vêtue telle une domestique ; les stéréotypes sont plus forts que la simple dénotation.
Finalement c’est une dénotation qui glisse vers une connotation objective. Lorsque les clichés sont véhiculés par le cinéma, les Walt Disney ce sont des éléments presque dénués d’interprétation.
Quelques recherches plus tard, nous nous apercevons que ce visuel est directement inspiré (si ce n’était qu’inspiration) du tableau de Marie-Guilleme Benoit « Portrait de négresse ». C’est donc une domestique, une esclave qui apparemment jouit  depuis peu de sa liberté. Mais elle reste esclave, dans la maison de ses employeurs et dans son apparat, le sein dehors on imagine un tas de choses autour de ce qu’il implique. Qui le sait ça ?

Le portrait d’une esclave qui renforce les stéréotypes

Ce portrait n’est pas anodin, il dépeint une femme esclave qui aurait accéder à un statut de femme libre. Le contexte ? 1800, nous avons tous une idée du rôle assigné aux personnes de couleur noire… Après des tentatives, l’abolition de l’esclavage vient 50 ans après, encore une fois je vous laisse vous informer.
A travers la mise en scène de cette femme esclave de l’époque, on tente de montrer que la situation a changé et de lui offrir humanité. La peintre lui assigne une place d’esclave pour signifier qu’aujourd’hui elle ne l’est plus.
Une posture soit disant moralisante de la marque, qui peut rapidement tourner en une sorte de discrimination positive racontant à nouveau l’atrocité d’une époque qu’on tente d’oublier.

Dommage on stigmatise plus qu’on ne fait oublié cette condition. Je passe également sur la place de la France et la reconnaissance et la célébration tardives de cet asservissement.

Une cible finale sensibilisée ?

« Bah la cible et en plus elle est CSP+ alors elle connait l’Art. » C’est bien là que le bât blesse.
Ce sont des tableaux qui sont copiés et non simplement revisités, il n’est en rien flatteur pour les amateurs qui noterons la manœuvre. La créativité où ça ?

Une campagne qui ne parle ni à sa cible finale ni au Grand Public ?

La campagne est « jolie » ; comme diraient certains le traitement graphique est remarquable.
Que la campagne s’adresse au Grand Public ou à son consommateur final, le sens de sa communication n’est que peu adaptée. Le public lambda y verra une série de jolies peintures, de l’anachronisme, cela suffit peut-être à la projection…
Je suis curieuse de savoir ce que vous en pensez.

Merci de ne pas assimiler mes propos à la dénonciation d’un racisme primaire, ce n’est pas l’objectif. J’aimerais également soulever une autre question : parce qu’on appartient à la dite communauté, on peut imposer son point de vue comme parole légitime ? « Arrêtons de voir du racisme ou il n’y en a pas ! » Justement allons plus loin que ce simple terme galvaudé mais au plus profond des représentations.

Bisous ;)

Merci au blog Percy pour les quelques précisions.

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